Léa Crespi

Lieux - Brest

du 13 mars 2009 au 25 avril 2009 - Galerie du CAP - Quartz - Brest
Vernissage le 13 mars 2009
© Léa Crespi, Lieux - Brest
Léa Crespi est une jeune photographe de 31 ans. Formée à l’école de photographie de Vevey, en Suisse, elle développe depuis une pratique toute personnelle de l’image.
En dehors de ces recherches, Léa Crespi travaille régulièrement pour différents magazines, journaux européens, et y publie reportages et portraits.

« Lieux » est un travail atypique, singulier, puissant, et de longue haleine. Entamé il y a plusieurs années, il a déjà été exposé sous différentes formes et dans différents endroits, de Paris à Séoul. Léa Crespi poursuit ce travail aujourd’hui encore, investissant de nouveaux espaces. Ce fut récemment le cas à Brest.
A l’initiative du Cap, et avec l’aide de la ville, Léa Crespi a pu enrichir sa série de différents clichés réalisés dans la prison de Pontaniou. Ce sont ces photographies, accompagnées d'une bande sonore de Loïc Blairon, qu’elle présente au Cap sous la forme d'une installation.


Corps/espaces
Pour Léa Crespi, le temps n’imprime pas les corps et les lieux de la même manière.
Dans « Lieux », elle met en scène son propre corps, dans des espaces que l’on pourrait qualifier d'abandonnés, de chargés d’histoire(s) – maisons délaissées, chantiers en friche, vieux hôtels, usines désaffectées... Evocations pour certains de l’univers des camps de la mort, les photographies de Léa Crespi se jouent de l'idée de mémoire...
Ici, le flou du corps s’oppose à la rugosité des murs de la prison de Pontaniou, sa légèreté à leur dureté. Là, le corps est confronté à sa fragilité, à sa fin possible. Et fait face à la permanence du temps, à l'idée d'enfermement, aux aléas de l’histoire.

Expérience physique, performance
« Lieux » est aussi comme une expérience dans laquelle le corps serait un outil, un accessoire, en écho aux formes artistiques de la performance et de la danse contemporaine.
Mettant son propre corps en jeu, Léa Crespi s'impose un exercice physique singulier, intense, "extrême". Et le visiteur de l'exposition, face aux photographies qui en gardent la trace, se trouve tantôt témoin, tantôt voyeur, tantôt spectateur.

On pourrait dire alors que la photographie ne se suffit pas, en soi, dans le travail de Léa Crespi. La photographe accompagne d'ailleurs son installation d'une bande sonore. Réalisée par Loïc Blairon, elle accompagne, et crée les conditions, les circonstances d’une expérience physique pour le "spectateur". Le son donne la mesure de l’espace, comme une résonnance singulière de celui de la prison de Pontaniou dans la galerie du Cap.


A propos de ce travail, par Christian Caujolle :
L’espace est toujours marqué par le temps. Un temps qui l’a dégradé ou, pour le moins, transformé. Mais cet espace, auquel nous n’aurions pas dû avoir accès, s’impose à nous, avec ses peintures écaillées, ses blessures de fils électriques abandonnés, ses minuscules désastres du quotidien parce qu’un corps le traverse, sans l’habiter.
Corps magnifique, sculptural, qui nous oblige à regarder, voir peut-être, l’espace dans lequel il évolue sans se l’approprier tant il est, toujours, à la limite de l’effacement, de la disparition. Comme une évidente présence qui nous dirait, déjà, que tout est fini. Un corps surgi de l’espace qui semble l’avoir généré et que nous ne pourrons apprivoiser.
Il y a de la séduction dans ce travail, de la séduction comme leurre. De la séduction parce qu’il peut sidérer. Et ce n’est pas le propos. Séduire pour mieux tromper, montrer pour mieux s’évader…
La modalité de l’exposition s’inscrit dans la logique du travail : il ne s’agit pas d’une exposition, ni d’une installation, mais d’une mise en espace d’années de travail qui se concrétisent dans un lieu.
Images “en l’air”, son qui les accompagne ou les caresse, juste une idée de l’importance du mot, trop lié aux images et aujourd’hui galvaudé, d’environnement.
Regardez, vous êtes dans un espace. Vous êtes qui ? Juste une branche ? Faut regarder aux environs…

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