Constant Puyo
Constant Puyo naît en 1857. Fils du maire de Morlaix et fondateur du musée de cette même ville, parent du poète Tristan Corbière et du journaliste Edouard Corbière, Constant Puyo bénéficie d’un éveil culturel précoce. Il s’intéresse à la peinture et au dessin, et très tôt, il ponctue ses écrits d’images diverses. Après sa sortie de l’Ecole Polytechnique, il entre à l’Ecole de l’artillerie, et devient jeune officier. Il ne délaisse pas pour autant la plume, le pinceau ou le livre. Il découvre la photographie vers 1882, pendant un séjour en Afrique du Nord. La photographie est d’abord un outil de reproduction de ses dessins et croquis. Puis elle devient le moyen de garder trace de ses impressions de voyage. Pendant 10 ans, il est un amateur qui se familiarise à la technique, et aiguise son regard. Cette pratique n’est cependant pas anecdotique. Son intérêt va grandissant, ses nombreuses correspondances en témoignent. Il développe dès lors une réflexion sur « l’art photographique ». Finalement, il mènera différentes pratiques photographiques de front : photographie de souvenir, photographie documentaire et photographie artistique. Il deviendra une personnalité importante du courant pictorialiste et ses écrits théoriques trouveront un certain retentissement.
Bibliographie :
- Emma de Lafforest, Constant Puyo, Editions Fage, Lyon 2008.
Publication monographique accompagnant les expositions du Cap et du musée de Morlaix.
Biographie complète :
Constant Puyo naît en 1857 à Morlaix. Installés depuis le début du XIXème à Morlaix, les Puyo sont négociants de père en fils. C’est une famille entreprenante et artiste :
- Edmond Puyo, le père de Constant est peintre, maire de Morlaix (1871-1878) et fondateur du Musée.
- Edouard Corbière, son oncle est écrivain maritime, Le Négrier (1832)
- Tristan Corbière, son cousin est un poète célèbre, Les amours jaunes (1873)
- Edouard Puyo, son oncle est dessinateur et peintre renommé.
Diplômé de l’Ecole Polytechnique Constant Puyo choisit d’intégrer l’Artillerie, gonflant ainsi les effectifs de l’armée de la « revanche ». Son intelligence vive, sa grande force de travail et sa conscience professionnelle lui valent une carrière exemplaire.
Mais sous des apparences trompeuses et un ennui dissimulé se cache un esprit créatif : il dessine et peint dès qu’il le peut… Pas suffisamment à son goût… Puyo se tourne alors vers un médium plus rapide, plus adapté à son emploi du temps et ses responsabilités : la photographie.
Il photographie sa famille, ses amis et ses voyages, les promeneuses, les nourrices et les enfants dans les jardins parisiens, des scènes de rue… Mais ces photographies prises sur le vif, trop documentaires à ses yeux, ne le contentent plus : il n’a pas le contrôle de la situation.
Peu à peu il s’engage dans la production d’une image photographique plus artistique et prend réellement conscience de l’importance de cette photographie en intégrant le Photo-Club de Paris en 1894 qui, avec la Société Française de Photographie chapeaute tout ce qui se faisait en matière de photographie.
Aussitôt il signe, dans le Bulletin du Photo-Club de Paris, le premier article d’une longue série et devient rapidement « le théoricien » du pictorialisme français.
Puyo adhère alors au pictorialisme comme on adhère à un parti ou comme on entre en religion : tout entier acquis à la cause.
Le pictorialisme est le premier mouvement photographique, mouvement grâce auquel il est aujourd’hui communément admis que la photographie est un art. Ce mouvement international a permis à la photographie d’accéder à la création, à l’imaginaire.
Constant Puyo devient l’un des deux grands maîtres du pictorialisme français : avec son ami Robert Demachy ils s’accordent sur un même idéal : l’interprétation de l’objet (référent) par l’artiste grâce au médium photographique.
Passionné, Puyo se libère en 1902 de toute contrainte professionnelle. La cause pictorialiste devient véritablement sienne, tant et si bien qu’elle étouffe parfois sa force créatrice qui se révèle pourtant dans des œuvres plus spontanées, plus graphiques, plus fortes, plus audacieuses que celles largement publiées à l’époque.
Puyo apparaît parfois, et notamment dans les sources imprimées, articles et œuvres reproduites, comme le stratège du parti pictorial, propagandiste attaquant à la force de ses discours militants et de ses œuvres-exemples-à-suivre, pourvoyeur et vulgarisateur d’aliments pour pictorialistes, de sujets et de compositions stéréotypés, enfermé dans un style, inconditionnel des théories classiques, convaincu de la photographie d’art ou photographie artistique, opposé, en théorie, à l’art de la photographie.
En théorie, car en réalité, Puyo apparaît aussi et notamment à travers ses images, comme un artiste convaincu du langage spécifique de la photographie, inspiré par sa puissance, curieux de cette puissance—diversité de ses œuvres—, généreux de ses recherches passionnées, libre des critiques, des nouveaux dictat, libre de l’opinion de ses confrères, de ses propres recettes du comment voir et du comment faire.
Il y a chez Puyo une contradiction entre une volonté de fer d’idéal —la photographie artistique comme reflet du Beau — et une intuition plus naturaliste — l’art de la photographie est humaine. Cette dualité engendre trois images, l’une est pictorialiste, l’autre moderne et la troisième tente à réconcilier Puyo avec lui-même.
Faisant fis de l’historiographie des avant-gardes, de la sclérose puyotique, des techniques employées, le spectateur d’aujourd’hui, au regard pourtant habitué à tant d’images photographiques, est ému : les plus belles épreuves pictorialistes de Puyo l’invite à une émotion spirituelle, elles sont un reflet de ce Beau tant convoité. Elles sont intemporelles et puissantes par leurs sujets et par leurs factures (images très stables). Elles sont actuellement présentées au Musée de Morlaix.
A l’inverse, les petits instantanés l’invitent à une émotion plus terrestre : ils sont le reflet du temps qui passe et plus particulièrement de l’instant perdu. Ils sont temporels et fragiles par leurs sujets et par leurs factures (souvent images peu stables) et jusque dans leurs formats. Ces images sont restées confidentielles du vivant de Puyo et peu ont été exposées après. Ce sont celles exposées ici au CAP.
Les deux « séries » seront exposées au Musée de La Roche sur Yon du 4 avril au 13 juin 2009
Après la guerre (il est affecté au service de la direction des chemins de fer) Puyo devient le président du Photo-Club de Paris. Il ne cesse de réanimer le mouvement pictorialiste même après s’être installé définitivement à Morlaix à partir de 1926.
En 1933, Puyo participe à une dernière exposition en envoyant quelques œuvres à Chicago. Le titre de l’exposition raisonne comme un hommage : « A century of progress ».
Puyo prend froid à l’automne de la même année et meurt en octobre.
Il repose actuellement à côté d’Edouard et de Tristan Corbière à Saint Martin des Champs, prés de Morlaix.